Dimanche 20 mai. C'est la fébrilité à la maison. Nous nous apprêtons à partir pour deux semaines en France, en débutant par un petit séjour de deux jours en Suisse. Pourtant, le matin, à mon réveil, je n'ai pas le même enthousiasme que d'habitude à partir en vacances en-dehors du pays.

La jeune fille qui s'est occupée de nos chats l'automne dernier s'est mise disponible et doit arriver le soir après notre départ. Je passe une bonne demi-heure à lui écrire une petite liste de rappel avec quelques nouveautés.

Il reste encore un peu de ménage à faire. Denis s'occupe des planchers, je m'occupe du reste. La journée se déroule bien et nous devons partir tôt dans la soirée pour l'aéroport.

Comme d'habitude, je m'inquiète pour les chats, surtout pour notre vieux pépère chaton. Depuis deux jours, il lui arrive une couple de fois de miauler d'une voix rauque et d'avoir de la bave à la gueule. Nous pensons que c'est dû à notre départ prochain, qu'il ressent.

La voisine doit nous conduire à l'aéroport à 18h30, le vol décollant à 22h. À 15h30, Denis va chercher la valise dans notre locker. Et là, bang! Pistache a des convulsions dans le couloir. Il "patine" littéralement sur le plancher (je pense alors que c'est dû au fait que Denis vient de le laver et qu'il est encore mouillé, et je réalise que ce plancher-là n'a pas été lavé). Il a perdu le contrôle de son corps, tombe, s'agite, urine partout. Je suis près de lui, je lui soutiens la tête par le cou pour ne pas qu'il se blesse en donnant de la tête sur le plancher. Ça dure une vingtaine de secondes, il reprend conscience. Je le maintiens à terre, bien qu'il soit revenu à la normale et désire se redresser. Entretemps, Denis était entré avec la valise. Je lui dis simplement: "Rapporte la valise en bas, Pistache a des convulsions". L'homme (que j'ai bien dressé) comprend immédiatement. On place notre pépère dans une serviette et nous le passons à l'eau pour enlever le pipi. Il n'est pas trop content d'être mouillé. Mais là, on se doute bien que ça risque de recommencer.

Nous annulons toutes nos réservations, à moins de 24 heures...

Nous planifions d'amener le chaton à la clinique vétérinaire d'urgence dans la soirée. À 21h30, six heures pile après la première crise, il en fait une deuxième. Il venait de descendre du sofa et se trouve entre la table du salon et la petite bibliothèque. Denis me crie que chaton fait une autre crise. Le tout se déroule comme la première.

Après avoir essuyé le chaton, nous l'amenons tout de suite à la clinique. Nous avons été chanceux dans tous les cas. La première, que ce ne se soit pas produit après notre départ. Et pour la deuxième, que ce ne se soit pas produit alors que nous étions en route pour le véto.

Il est passé 22h à notre arrivée à la clinique. Le vétérinaire de garde nous explique les causes possibles. Nous savons bien qu'il a 20 ans, qu'il commence à avoir de moins bons reins, qu'il a un souffle cardiaque. Il propose d'investiguer les causes externes par des prises de sang et par une radio. Et de le garder 24 heures.

La suite est un peu nébuleuse. Nous étions tristes, nous pensions vraiment qu'il allait devoir traverser de l'autre côté. Cela faisait deux semaines que je courrais à droite et à gauche pour le voyage ou pour terminer des choses au bureau en faisant des heures supplémentaires. Je n'ai pas accordé beaucoup de temps à nos poilus, et là, ça me rentre dedans. Je me souviens de m'être couchée pour une sieste dans l'après-midi du lundi (ou du mardi). J'étais triste, mais bizarrement en me réveillant j'étais très calme. J'ai eu vraiment l'impression d'avoir reçu un message durant mon sommeil, sans en connaître ni le porteur ni le contenu.

Je me souviens de notre première visite, où il est venu se coller la tête sous mon bras et sous le bras de Denis. Comme un signe suppliant de ne pas l'abandonner. Mon chaton (bien dressé aussi) grognait après tout le monde, incluant mon homme, sauf après moi (bon chaton... lol)! Et il aurait griffé deux assistantes en bête féroce qu'il est (comme disait ma meilleure amie, un vrai Bélier féroce).

Je me souviens de la vétérinaire qui nous téléphone en fin d'après-midi, un peu alarmée. Disant que le chaton a passé l'après-midi sur ses genoux, affalé, amorphe. Ce qui l'inquiétait. Comme il avait fait une crise le matin, elle avait besoin de savoir quoi faire s'il en faisait une autre et que son coeur ne supportait pas. Il n'était pas question d'acharnement thérapeutique. Nous étions même prêts à envisager sérieusement l'euthanasie. Mais, en le visitant le soir, il était plutôt vif comparé à ce qu'elle m'avait dit. En venant nous rencontrer, elle était même surprise de le trouver aussi en forme. Nous avons compris que les médicaments qu'il avait absorbés l'avait rendu amorphe. Ce qui était bien le cas, car le seul effet secondaire associé au Lévétiracétam est la somnolence. Il s'est même endormi à côté de moi après la prise de sa dose du soir.

Je me souviens de la visite où enfin nous l'avons retrouvé comme à son habitude. Nous l'avions pris avec nous sur la table, Et là, il s'est mis à ronronner après avoir été pouponné par Denis et moi. Nous savions qu'il était de retour parmi nous, que nous avions retrouvé notre chaton. C'est un survivant ce Pistache-là, car c'est la deuxième fois où nous avons vraiment penser le perdre (on se rappelle la première ici).

Il est de retour parmi nous depuis mercredi en début d'après-midi. Il doit prendre de la médication (keppra) trois fois par jour (ce qui devra être géré selon nos horaires, pas facile). Nous avons laissé tomber notre dernière semaine de vacances et resterons à la maison jusqu'au dimanche 3 juin. Les crises peuvent revenir ou pas. La cause, selon la neurologue, pourrait être une tumeur au cerveau qui aurait grossi. Mais ça pourrait aussi être autre chose.

Il est de retour, il est bien, il est heureux. Et il s'entend maintenant (jusqu'à quand?) avec Whisky! Nous le pouponnons, le caressons, l'aimons, car nous avons une deuxième chance avec notre pépère chaton et avons bien l'intention d'en profiter jusqu'à son départ pour le grand voyage.

Pepere chaton